Je n'arrive pas à visualiser ce que sera ma vie dans quatre mois. Les gens vont partir, s'oublier, m'oublier, et je ne veux pas briser cet équilibre, chèrement acquis. Je ne veux pas qu'on m'enlève mes repères, je ne veux pas laisser partir ceux qui sont chers à mes yeux. Je veux être égoïste et les avoir tout le temps pour moi.
La France, c'est bien trop grand pour moi, et je sais que je ne le supporterai pas. Ne pas les avoir près de moi sera dur, très dur, la séparation sera difficile et la reconstruction; amère et lente.
Les voix de ma tête me disent que c'est la vie; je le sais mais je ne veux pas l'accepter. Je ne peux pas concevoir de les croiser une fois tous les deux mois. Mes yeux me disent de ne pas pleurer, de ravaler mes larmes et d'accepter. J'en suis capable. Je refuse.
Laisser partir les gens, c'est accepter que la vie continue. Que leur vie est ailleurs et pas avec moi. Les imaginer loin me fait mal, c'est comme un déracinement; je ne suis pourtant pas un arbre. Je ne suis pas solide, je ploie souvent sous la force du vent, et je ne veux pas être arrachée à la terre, de ma Terre à moi.
Le cocon que je me suis forgé va se fissurer, et le pire de tout c'est qu'il n'y a pas de papillons. Juste des frelons moches, qui piquent la peau et brûlent les yeux. Je ne suis pas nostalgique, je ne vis pas dans le passé. Je veux juste que mon présent s'étire sur mon futur. Je nous veux tous ensemble. Toujours.